Journal intime d’une maman en « guerre »

17/03/2020 – 1er jour du reste de ma vie : LA DECLARATION DE GUERRE

7730 cas confirmés, 175 décès

En confinement avec mes enfants, mon homme et un ami. Quand on m’a officiellement annoncé que je devais à présent rester chez moi, ce n’est pas un soulagement que j’ai d’abord ressenti, mais une profonde tristesse ; j’ai pris toute la mesure de la gravité de la situation. Hier soir en rentrant, ma priorité était de m’assurer du bien-être de toute ma famille, leur rappeler que j’étais là, et les entendre me dire la même chose me concernant. La famille ; le premier lien, le premier soutien … Sinon question occupation, en janvier nous avons acheté une nouvelle maison dans laquelle nous avons encore beaucoup de travaux ; détruire, restaurer, rebâtir, imaginer ensemble des possibles, passer du temps en famille à échafauder des hypothèses sur un idéal de vie dans ce nouvel espace … Sinon, rester connectée avec ma famille, mes amis, mon boulot et tous ceux qui se sentiraient en mal de solitude, via la technologie, qui pour une fois peut s’avérer profitable. Enfin, je vais persévérer dans ma relation virtuelle avec Facebook, en m’engageant à ne pas faire preuve de cynisme, pas de relais de fausses infos, pas de moquerie sur la façon dont chacun gère ses émotions face à cette situation, pas d’analyse à l’emporte-pièce des différents évènements annoncés sur la toile…j’ai pris la décision de ne partager que ce qui pourra être utile à la communauté d’êtres humains que nous formons dans la gestion de cette crise. Juste envie d’être un peu utile pour chacun de nous ! Merci aux personnes qui le sont au quotidien pour nous sortir de ce merdier ! Force et courage à ceux qui perdront quelque chose ou quelqu’un dans cette crise !

18/03/2020 – 2ème jour du reste de ma vie : ORGANISATION DU SIEGE

9134 cas confirmés, 264 décès

Il y a deux jours Emmanuel Macron nous annonçait avec solennité l’état de guerre contre l’épidémie. Nous avons pris des décisions en famille pour préparer l’état de siège ; Julien, un ami que nous hébergeons depuis plusieurs mois, Emilien et les enfants, resteront à Saint-Pierre-de-Varennes pour retaper la maison achetée. Je serais chargée de faire la navette entre notre maison actuelle et Saint-Pierre-de-Varennes, pour les ravitailler, faire leur lessive, relever le courrier, payer les traites, … Ils vivront le confinement à 100% et je serais la seule à me confronter au « monde extérieur » en prenant toutes les précautions possibles. Ce 18 mars, nous nous retrouvons tous à Saint-Pierre-de-Varennes pour installer le camp. Matelas et duvet, nourriture, affaire de toilettes, table de salle à manger improvisée sur des tréteaux, … Emilien, contre toute attente, décide de faire un feu pour brûler la paille débarrassée des granges et le vieux bois pourri qui envahissait l’étable. Il s’agite, se pose un instant, noyé dans la fumée épaisse qui se dégage du foyer, s’agite à nouveau pour le réalimenter, … sans un mot. Je suis assise dans l’herbe et je l’observe. Je le connais bien ; son statut d’homme de la maison est soudainement mis à l’épreuve dans une situation qu’il ne peut pas contrôler. Il s’inquiète pour moi, les enfants et sa famille restée au loin. Désemparé !

Etat de siège, en attendant le retour des hirondelles

19/03/2020 – 3ème jour du reste de ma vie : LA TREVE AVEC MES ADOS

10 995 cas confirmés, 372 personnes décédées depuis le début de l’épidémie

Je préssentais dans cette situation, que le plus difficile à gérer serait l’état émotionnel de mes deux enfants adolescents. Abreuvés de fake news sur les réseaux sociaux, ils m’ont à peu près sorti tous les arguments possibles pour pouvoir se dégager de la contrainte de l’enfermement ; « ça ne touche que les anciens », « c’est comme une grippe mais en plus fort ; ça se soigne », « c’est un complot, une manipulation des gouvernements », … Pour finalement exploser de colère : « c’est pas possible, je vais péter un câble », « je m’en fiche de mourir, je préfère vivre à fond ! », « je suis majeur, je fais ce que je veux ! », …

J’ai laissé passer le séisme de revendications et de leurs émotions, pour leur demander calmement : « je dois aller faire des courses. Est-ce que vous avez besoin de quelque chose de particulier, d’indispensable ? Dites-moi, car désormais, je ne pourrais pas y aller très souvent ! ». Leur réponse fut immédiate : « on va te faire une liste ! ».

La nourriture ça réconcilie toujours les esprits les plus rebelles !

Voici leur liste :

  • Du coca vanille,
  • deux paquets de bonbons,
  • des Kinder,
  • du sirop à la fraise

#laviecontinue

L’adolescence coincée entre le besoin de liberté et le devoir de raison

20/03/2020 – 4ème jour du reste de ma vie – LE BAL DES CADDIES

12 612 cas confirmés, 450 décès depuis le début de l’épidémie

Pour répondre aux besoins de premières nécessités (bonbons compris, car s’en est une pour mes enfants), je fais le choix d’éviter les grandes surfaces, lieux de gros rassemblements. Je dois me protéger, ma famille dépend aussi de mon état de santé, ainsi que d’autres personnes que je pourrais croiser. Mon homme inquiet me somme de m’affubler d’un masque adapté pour poncer le plâtre. Complètement inefficace dans la situation présente, j’accepte cependant, pour le rassurer. Je me rend dans le petit Carrefour Market d’Etang-sur-Arroux. Anxieuse, je me demande, avant de l’atteindre, si j’ai bien fait et s’il n’y aura pas trop de monde. Le parking est presque désert ; soulagement !

Les portes s’ouvrent sur le son du rappel des consignes de sécurité à prendre dans le cadre de l’épidémie. Le fond sonore musical que l’on retrouve dans tous les supermarchés me manquerait presque. A l’intérieur, cinq clients ; tous masqués et gantés. La caissière et le boucher ne portent aucune protection. Imperceptiblement, je sens que tout le monde évite de se croiser. Quand je m’engage dans une travée, celui ou celle qui se trouve face à moi, fait demi-tour, sans précipitation, en regardant derrière lui (elle), comme s’il (elle) s’était trompé(e) de rangée, comme s’il (elle) avait oublié de prendre un produit dans le couloir de marchandises précédent. C’est amusant et c’est gênant. Rien ne se lit sur ces visages masqués, du coup je me demande si chacun sourit comme moi de cette situation nouvelle et extraterrestre.

Rapidement, je constate que les rayons de produits de premières nécessités sont vides (farine, café, sucre, …). Les petites supérettes n’ont pas échappé à la « peur du manque ». Je ne flâne pas dans les rayons et je m’empresse de remplir mon caddie. Tous les clients que j’ai pu croiser n’avaient pas grand-chose dans le leur et à nouveau je me suis sentie embarrassée. Avec mon plein de courses, je devais passer pour une de ces personnes tant décriées sur les réseaux sociaux. Mais il me faut nourrir 5 adultes à la maison et j’ai prévu de tenir 15 jours pour ne pas avoir à y retourner plusieurs fois. C’est étrange tout ce qui se passe dans ma tête dans ce contexte, ce sentiment de culpabilité, cette inquiétude d’être jugée, … ; ça ne me ressemble pas !

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Du sucre comme argument de négociation pour respecter le confinement

 

21/03/2020 – 5ème jour du reste de ma vie – NEIGE PRINTANIÈRE SUR CHAMP DE BATAILLE

14 459 cas confirmés, 562 personnes décédées depuis le début de l’épidémie.

Les heures s’égrènent au rythme lent du confinement. Aujourd’hui, je parviens à analyser plus ou moins mon état émotionnel (comprendre, pour mieux gérer). Je suis coincée entre l’état d’urgence, lié à la situation de pandémie qu’il faut rapidement stopper, et l’immobilisme contraint. Noeud serré au coeur de mon estomac, symptôme de ce conflit intérieur ; il faut faire vite, en ne faisant rien. La sacro-sainte phrase « Je n’ai plus le temps » n’a plus aucun sens. Du temps, j’en ai à revendre, mais surtout à donner. Je suis en contact régulier par Messenger avec quelques amies ; nous échangeons des blagues, des recettes de cuisine, mais surtout sur la façon dont nous gérons ce quotidien confiné, dans l’urgence. Je propose aux volontaires de participer à l’écriture d’un journal de bord en m’envoyant un petit texte qui résume leur journée, accompagné d’une photo pour illustrer leur propos – Confinement ordinaire pour femmes d’exception. Elles se prêtent au jeu facilement; elles aussi ont besoin d’exprimer leur ressenti. Ça me fait du bien de faire du bien !

Hier soir avant d’aller me coucher, je me regarde dans le miroir. Ça non plus, ce n’est pas habituel. Je ne mets jamais beaucoup de temps à me préparer. Je suis quelqu’un qui est toujours resté simple, préférant passer plus de temps sur des choses qui me paraissent plus essentielles que mon image sociale. La seule véritable coquetterie que je m’accorde à 57 ans, c’est une coloration mensuelle. Ma gentille coiffeuse Pauline a dû fermer ses portes. Sur son paillasson, qui attend son retour, une trainée de neige à la racine de mes cheveux.  En sortant de la salle de bain, je croise le regard d’Emilien, mon compagnon. « Tu as vu ? C’est une catastrophe ! » en lui montrant mes racines blanches. Il me prend par la main et m’invite à m’assoir sur notre lit. Il s’éclipse pour revenir avec une brosse à cheveux et pendant de longues minutes, je sens son amour glissé sur ma chevelure.

Neige au printemps

22/03/2020 – 6ème jour du reste de ma vie – CONVERSATION TELEPHONIQUE DE CAMPAGNE

16 018 cas confirmés, 674 décès depuis le début de l’épidémie.

Moi : « Allô ! Devine qui c’est ? »
Maman : « C’est ma grande fille ! »
Moi : « Bravo, tu viens de gagner le droit de rejouer très bientôt! Comment vas-tu ? »
Maman : « Je vais bien! ne t’inquiète pas! Parles-moi plutôt de vous. »
Moi : « Tout va bien ici! Tu t’es organisée pour les courses, comme je te l’ai demandé ? »
Maman : « Oui! je me déplace le moins possible et je ne vais que dans les petits commerces, à Coustellet. Hier, je suis allée à la banque pour retirer un peu d’argent ! »
Moi : « Tu mets des gants ? Il faut mettre des gants ! »
Maman : « Oui et j’avais un masque aussi ; j’en ai trouvé un que j’avais acheté pour poncer un vieux meuble ! Hier, j’ai appelé la voisine pour prendre de ses nouvelles et elle m’a agressé. Elle m’a presque envoyé balader. »
Moi : « Ah oui ? Mais pourquoi ? Vous êtes amies toutes les deux non ? »
Maman : « Oui mais sa fille travaille à l’hôpital, et elle s’inquiète beaucoup pour elle ! Je pense qu’elle craque ! »
Moi : « Oui, ça doit être ça ! Il ne faut pas lui en vouloir. »
Maman : « Je ne lui en veut pas. Je comprends que ça doit être difficile à vivre ! Je vais attendre quelques jours et je la rappellerais ! »
Moi : « Oui, fais comme ça, c’est bien ! Dans cette situation, il faut prendre du recul, face au comportement de chacun. C’est compliqué de gérer ses émotions ! »
Maman : « J’ai voulu m’acheter du bois pour alimenter mon poêle, mais il n’y en avait plus! Tu te rends compte ? Du coup, j’ai rallumé le chauffage électrique, je me suis dit que ça n’avait pas d’importance. Ici, il fait beau, mais les soirées sont encore fraîches. Je me suis dit qu’avec les 300 euros que l’agence m’a remboursés pour l’annulation de mon voyage en Espagne, je pourrais payer cette dépense imprévue. Je ne suis pas partie, mais je retrouve la chaleur des douces soirées espagnoles en mettant le chauffage à la maison (rire partagé). Je pense que je vais me faire un cocktail et regarder un documentaire sur les plages espagnoles pour y être complètement ! (rire partagé).  Tu ris ma fille ?!, j’aime t’entendre rire ! Ça me fait du bien ! »
Moi : « Moi aussi, ça me fait du bien de rire avec toi ! Je t’aime maman ! »
Maman : « Moi aussi, je t’aime, on va s’en sortir ! »
Moi : « Oui maman, on va s’en sortir! »

Conversation téléphonique avec ma maman, 77 ans, qui vit seule dans le sud de la France, à 5h de route de chez moi.

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L’absence du père

23/03/2020 – 7ème jour du reste de ma vie – LA CANTOCHE DU MITARD DORÉ

19 856 cas confirmés, 860 décès

Globalement, mon confinement depuis une semaine, se situe dans la cuisine. Je n’arrête pas de cuisiner. Bourguignon, Blanquette, cake de toutes sortes, tartes aux légumes, poulet au miel, … ; des plats traditionnels dont les odeurs caractéristiques embaument la maison, pour le plus grand plaisir de mes compagnons de vie masculins. Ma créativité me fait également expérimenter des recettes de gâteaux, ce que je ne prends pas souvent le temps de faire en temps ordinaire. Ma dernière réalisation, sont des madeleines. Je choisi une recette sur le net et j’expérimente. Le souci pour une créative telle que moi, est que je n’applique jamais les consignes données à la lettre ; je diminue le dosage de sucre, j’augmente le volume de farine si je trouve la pâte trop liquide, je rajoute des zestes d’orange, je remplace le lait par un yaourt à la vanille., … Au final, c’est tout sauf des madeleines. Mes hommes rient de mes expériences, mais ne manquent jamais de me féliciter.

Après une semaine d’enfermement, j’ai le sentiment d’avoir passé un mois dans cette situation. Aujourd’hui, j’ai la sensation d’être plus angoissée par la privation de ma liberté, que de celle du danger qui se trouve dehors au contact des autres. Mais je ne vais pas me plaindre, n’est-ce pas ? Ce serait indécent ! On le rappelle chaque jour sur les réseaux sociaux (et c’est vrai!), il y a bien pire. Ce matin, j’ai commencé à écrire à une amie que je n’avais pas le moral, mais sur la seconde qui a précédé la publication de mon message, j’ai effacé ce dernier. Je n’ai pas le droit de me plaindre. Il faut patienter et s’armer de courage. Il faut tenir dans cette prison dorée aux parfums de blanquette de veau et de pâtisseries. Il y a pire comme situation !

Cette nuit, mon fils a toussé. Je ne l’ai pas entendu, c’est Julien, l’ami que nous hébergeons depuis un mois qui me l’a dit. Il a dormi jusqu’à 13h. Je tournais en rond dans la maison en attendant qu’il se réveille. Quand je l’ai entendu remuer dans sa chambre, je suis allée le voir, armée d’un thermomètre. Il m’a tout de suite dit que c’était ridicule et qu’il ne voulait pas prendre sa température. J’ai insisté, il a résisté. J’ai fini par lui dire ; « Si tu es vraiment malade, tu peux mettre ma vie en danger ! ». Il a tout de suite tendu la main pour s’exécuter. Il n’avait pas de fièvre. J’étais malade de lui avoir dit un truc pareil, mais je n’avais pas le choix.

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Mes madeleines de Proust, dans le souvenir de ma liberté

 

24/03/2020 – 8ème jour du reste de ma vie – LA GUERRE DES NERFS

22 300 cas confirmés, 1 100 décès depuis le début de l’épidémie.

Il faut que je décroche des réseaux sociaux, en ne me connectant qu’une seule fois par jour ! je n’arrive pas à maîtriser mon besoin d’aller sur les réseaux sociaux. L’enfermement crée le besoin, le besoin crée « l’enfermement ». Je parviens encore à faire le tri des infos en me fiant uniquement aux sources fiables, mais le plus difficile est de lire parmi elles, les posts de personnels encore en activité qui font état de leurs pitoyables conditions de travail. J’ai lu plusieurs publications d’infirmières, de routiers, d’agents du service public, … qui étaient plus qu’agressifs ; j’ai senti à quel point, ces personnes étaient « à bout » et ça fait mal ! Les mamans dépassées pour répondre aux exigences de l’Education Nationale, des personnes célibataires qui affichent la souffrance de leur solitude, … Quoi que je dise ou pense, rien ne changera leur situation, car je ne peux rien faire de là où je me trouve. Des soignants disaient que les applaudissements au balcon ne les touchaient plus. Ils attendent seulement qu’on leur donne du matériel et que les gens restent cloitrés chez eux. Je les comprends et je m’applique à faire cela. Question de responsabilité !

Je suis en relation régulière avec mes collègues de travail ; à chaque connexion, nous tentons d’organiser comme nous le pouvons l’après-Coronavirus. La question récurrente pour chacune des actions prévues ; « tu crois qu’on sera sorti de l’épidémie d’ici là ? »

Et toutes ces petites et moyennes entreprises qui risquent de déposer le bilan,

ces politiciens qui préparent consciencieusement la sortie de la crise avec un projet qui remettrait en question (une fois de plus), nos acquis sociaux,

se poser la question à chaque fois que l’on doit sortir : « et si je croisais quelqu’un porteur du virus ? »,

s’affoler dès qu’un de tes proches se met à tousser et l’obliger à prendre sa température,

pas savoir quel jour on est, manger à pas d’heure, parce que tu regardes plus l’heure,

mon chien qui pisse dans la maison parce que j’ai oublié de le sortir,

même pas capable de suivre une recette de pâtisserie correctement, …

La guerre des nerfs continue !

Restons digne, joyeux, fort, plein d’amour !!!

Le magnolia est en fleur dans le jardin.                                                                                        Symbole de force, de pureté, d’amour, de gaieté et de dignité.

 

25/03/2020 – 9ème jour du reste de ma vie – LES ENFANTS D’ABORD

25 233 cas confirmés, 1 331 décès depuis le début de l’épidémie.

Emilien a reçu un appel de son ex-femme. Anaya, leur fille de 6 ans, est en pleurs et s’inquiète pour nous, elle a peur qu’on tombe malade et qu’on meurt. Dans sa petite vie d’enfant innocente, elle prend toute la mesure du danger que peut représenter cette épidémie. Sans doute abreuvée de trop d’informations toxiques pour son jeune âge, subissant la tension d’une situation extraordinaire, Anaya pleure toutes les larmes de son corps ; je l’entends du portable de son père, pourtant collé à son oreille. Emilien est ému aux larmes. Il me regarde et me demande ce qu’il doit faire. Mon homme, à nouveau désarmé. Sans attendre ma réponse, il subtilise un paquet de sucettes aux garçons et enfourche sa moto pour aller la voir. À son retour, il m’indique que sa fille est rassurée, qu’il n’a pas pu l’embrasser, mais qu’elle est rassurée…

Je me souviens d’un moment partagé avec elle au sujet de la mort. Une personne de l’entourage de sa maman venait de décéder. Elle m’en parlait alors avec un certain détachement ; « et voilà ! Maintenant elle est morte et elle se retrouve dans le ciel avec tous les autres ! Elle n’a plus mal, elle est toute légère. Elle s’est envolée dans les nuages et elle joue avec d’autres enfants ! ». Des phrases réconfortantes que l’on dispense à nos plus jeunes enfants pour expliquer la disparition d’une personne.

C’est promis Anaya, ton papa ne jouera pas avec d’autres enfants que toi!

Anaya et son papa, avant l’épidémie

26/03/2020 – 10ème jour du reste de ma vie – LE REPOS DU GUERRIER

29 155 cas confirmés, 1 696 décès depuis le début de l’épidémie

Aujourd’hui, j’ai passé du temps dehors, en compagnie de Max. Ça m’a fait du bien de l’observer en essayant de ne penser à rien d’autre.

Dans cette situation particulière, notre compagnon de voyage est le meilleur antidépresseur possible. Chacun des membres de la famille vient puiser dans sa gentillesse pour se ressourcer. Rayan, mon fils de 18 ans, est très complice avec lui. Un peu narcissique, il trouve en lui, celui qui se pliera à toutes ses demandes. Notre chien est toujours en activité avec lui, toujours à l’affut de ses moindres gestes et appels. Zinédine, 19 ans, est plus distant avec Max. Il ne le caresse quasiment jamais, mais va s’adresser à lui, en lui parlant comme à un de ses congénères. Quand il se pose des questions sur son existence d’adolescent, il finit presque toujours son discours en le regardant et en lui demandant : « Qu’est-ce que tu en penses Maxou ? » … Max, s’assoit devant lui, et le regarde longuement, jusqu’à ce que mon fils le lâche du regard. Emilien est « le chef de meute » ; il est respecté et s’il intime un ordre, quoi qu’il fasse, il obtempère immédiatement. Entre eux, il existe une relation très particulière. Ils jouent beaucoup ensemble. Le soir uniquement et après le repas ! Quand à moi, je suis la mère nourricière … Quand je cuisine, il est toujours près de moi. Quand je suis fatiguée, il se couche près de moi. Quand je ne vais pas bien, nous partons tous les deux dans la nature, et je passe du temps, assise dans l’herbe à le regarder gambader !

Je sens qu’il a changé de comportement depuis le confinement ; plus proche de nous, ne s’éloignant pas longtemps, plus sensible à nos humeurs. Il ne réclame pas plus d’attention que d’habitude (peut-être même moins), mais il est là, présent à nos côtés et c’est un membre de la famille indispensable à notre équilibre …

 

27/03/2020 – 11ème jour du reste de ma vie – IL N’Y AURA PAS DE CHAMP D’HONNEUR

32 964 cas confirmés et 1 995 décès

Dans le fil de mon actualité, sur les réseaux sociaux, le virus prend soudain la forme d’un visage, d’une identité, d’un visage, d’une identité, d’un visage, d’une identité …

Sur le champ de bataille, des soldats inconnus, nous font l’aveu coupable, de la morsure brûlante du virus dans leur chair. Ils témoignent de leur sort, nous suppliant de tous combattre ce mortel ennemi. Braves petits soldats, sur le champ de bataille, tous restent dignes et courageux ! Pas de larmes, mais un cri, pas d’apitoiement, mais de la stupeur dans leurs yeux !

Dans le fil de mon actualité, sur les réseaux sociaux, l’annonce des morts tombés au front, aussi ; un parent, un grand-parent, un fils, … que quelques-uns connaissent, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.

Sur le champ de bataille, nul champ d’honneur, mais de la peur, des pleurs et de la souffrance, pour ceux qui resteront, de ceux qui se souviendront  longtemps !

Sur le champ de bataille, pas de héros sous le feu des canons ; des soldats anonymes, contaminés ou morts dans l’oubli, dans le silence, noyés dans les chiffres quotidiens rapportés par nos chefs de guerre. Surtout les vieux soldats, ceux qu’on voit partir en se disant : »avec un peu d’aubaine, ce seront les seuls à tomber! » Ceux-là, n’ont pas de visage, mais une voix, celle de leurs proches sur les réseaux sociaux. On ne les connaît pas, mais on leur dit adieu. Frères d’arme, ils sont restés chez eux, comme nous ! Ceux-là  partiront seuls pour la fin du voyage, et n’auront pas de stèle  « Soldat mort au combat »!

Sur le champ de bataille, d’autres braves nous murmurent : « prenez ici ma vie, je vous en fais don ! » Soignants, routiers, caissières, … tous nous murmurent : « si la mort m’emportait, comme mes camarades, ou bien tous ces malades, veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime, et rendez si possible mon sacrifice fécond. Restez chez vous et prenez soin de vous ! ».

Gouvernants, tout pays confondus, laisserez-vous longtemps,  nos cris se fondre dans la nuit ? Qu’adviendra-t-il de nous, soldats anonymes ? Quel sort réservez-vous, à ceux qui survivront ?

Soldats de fortune, blessés, mourants, combattants, le jour se lèvera sur la verte prairie. Résonnera alors – peut-être – le chant d’une autre guerre, contre un autre ennemi !

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28/03/2020 – 12 ème jour du reste de ma vie – POUR UNE AUTRE EPIDEMIE

37 575 cas confirmés, 2 314 décès, depuis le début de l’épidémie en France

Des milliers et des milliers de petites secondes d’éternité

dans un baiser de toi !

Cuillère qui tinte dans sa tasse,
coup d’éponge sur table basse,
fenêtres ouvertes sur campagne,
les oiseaux nous accompagnent,

sur un baiser de toi !

Trouvant mon double dans le miroir,
il rappelle toujours à ma mémoire,
que le temps passe,
mais que tout se dépasse,

Pour un baiser de toi !

Tes mains m’encerclent,
nouvel habitacle,
docile, menton tendu,
sur récompense attendue ;

Un baiser de toi !

Chambre muette sur draps froissés,
souvenirs de nos corps caressés,
Poursuivi, tu me suis,
Je m’échappe, tu m’attrapes,

Pour un baiser de toi !

Journée déroulant son tapis,
sur jeu de chat et de souri,
l’épidémie entre en moi,
toute entière aux abois,

Pour un baiser de toi !

Pandémie oubliée,
accalmie retrouvée,
insouciance gagnée,
parfum d’amour acidulé,

dans un baiser de toi !

Des milliers et des milliers de petites secondes d’éternité …

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Acalmie retrouvée, dans un baiser de toi !

 

 

 

 

 

3 Comments

    1. Merci Hanicka, pour ces tendres moments de repos en lisant tes textes aussi poétiques que morales.
      Au plaisir de te lire et de vous revoir.
      Nous pensons fort à votre petite famille, prenez grand soin de vous.
      Léa

      J'aime

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