Le trésor caché des Aubépins

 

J’ai été contacté par Corinne Briez, agent de développement local à la Maison de quartier des Aubépins à Chalon-sur-Saône. Elle était à la recherche d’un photographe pour un projet avec les habitants du quartier, qui visait à valoriser ces derniers. J’ai rencontré 78 personnes qui m’ont ouvert la porte avec générosité. J’ai écouté leur parcours, j’ai partagé leurs passés, leurs rêves, leurs ambitions, leurs difficultés. Chacun d’eux est locataire d’un des appartements de ce quartier au paysage verdoyant et à l’ambiance animée. Ils ont tous un lien avec  la Maison de quartier des Aubépins. Ce quartier abrite 3 157 habitants qui ont une moyenne d’âge de 36 ans, ont des revenus modérés, et vivent majoritairement en célibataire. Le quartier dispose, aux alentours, de divers services et infrastructures de transport, de commerce, d’éducation, de culture, de santé et notamment une maison de quartier, lieu de rendez-vous et d’animations des habitants.

Quartier dont la réputation est fortement décriée, « Les Aubépins » accueille des personnes d’une grande diversité et qui m’ont toutes accueilli à bras ouverts. La grande majorité d’entre elles se débat avec la gestion d’un quotidien difficile, mais de façon positive, avec l’espoir de jours meilleurs. Héros de leur propre vie, ils sont animés par des qualités et un parcours qui leurs sont propres. Ils mettent toute leur énergie dans la relation aux autres, des activités de loisirs, l’épanouissement de leurs enfants, la recherche de solutions pour « s’en sortir », … Certains d’entre eux, vivent ici depuis plusieurs générations. La maison de quartier des Aubépins et ses salariés sont comme un « phare dans la nuit », où chacun vient se ressourcer, parler, pleurer, rire, échanger, transmettre, demander de l’aide,…

Courage, détermination, fierté, dignité, générosité, créativité, … ; le trésor caché des Aubépins, ce sont eux !

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Geneviève Eglizeau

Geneviève est une femme très engagée. Elle fait partie de « l’Association de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s » (ASTI) qui œuvrent localement aux côtés des personnes migrantes ou immigrées (aide juridique, cours de français, soutien scolaire, activités à destination des femmes,…). Elle ne pourrait pas faire autre chose que de soutenir ceux qui sont en difficultés. Ancienne institutrice, elle a travaillé principalement dans les écoles des quartiers prioritaires et a consacré cinq ans de sa vie à l’éducation scolaire d’enfants malentendants. Elle essaye de se « protéger » émotionnellement quand elle peut, mais dans la plupart des cas elle est touchée par certaines situations catastrophiques et notamment quand il s’agit d’expulsion. Très pudique, « elle a fait un effort » pour participer au projet photographique, mais elle s’est laissée convaincre car c’était encore une façon de dire à tous les participants :  » Je suis à vos côtés ! »

SAFIA LOKMANE AMINE YANNIS-1340895
Safia Lokmane et ses deux enfants Amine et Yannis

Originaire d’Algérie, Safia est arrivée en France avec son mari, il y a dix ans. Le choix de départ de la famille est lié à l’état de santé de son mari, dont la prise en charge hospitalière était plus adaptée à sa situation. Malgré les soins apportés, elle est veuve depuis deux ans. Elle a beaucoup de mal à se remettre de la perte de son époux, mais tente de faire face, pour ses deux enfants. En Algérie, elle a obtenu un diplôme de psychologue, qu’elle n’a pas pu faire reconnaître en France. Elle fait des petits stages en attendant de trouver mieux. Elle aimerait bien être A.V.S. (Auxiliaire de Vie Scolaire), pour accompagner des enfants en difficulté.

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Judith Un

Judith, hollandaise, a suivi son mari en France pour s’y installer définitivement, il y a plus de dix ans. Alors qu’elle serait en droit de se faire naturaliser, elle a fait le choix de conserver sa nationalité, car c’est son identité. Très active, elle ne se voyait pas mère au foyer pour élever ses deux enfants ; elle avait besoin de donner du sens à sa vie en œuvrant pour une cause qui contribue à l’amélioration de la vie des hommes. Aussi, elle a créé l’association P.A.M.A. (Partage et Mobilités actives). Sa structure est engagée dans la mobilité durable en proposant des solutions pour encourager et aider à se déplacer au quotidien autrement que seul dans sa voiture (vélo, marche à pied, transports en commun, covoiturage). Outre les bienfaits écologiques de telles pratiques, Judith pense que celles-ci vont bien au-delà en matière d’estime de soi ; la pratique du vélo par exemple, oblige à regarder droit devant soi …

VERONIQUE COMMARET ET CHRISTOPHE LAURENT-1340846
Véronique Commaret et Christophe Laurent

Véronique est auxiliaire de vie sociale auprès de personnes âgées et d’autres porteuses d’un handicap. Elle adore son métier, même s’il n’est pas toujours facile. Elle a toujours vécu en milieu urbain et vivre aux Aubépins ne la dérange pas dans la mesure où le voisinage est sympa. Elle s’entend très bien avec sa voisine « du haut » et passe de très bons moments avec elle, à papoter devant un café ou se balader au marché de Chalon-sur-Saône. Elle vit le parfait amour avec Christophe depuis plusieurs années. Christophe, est en errance professionnelle depuis de nombreuses années, pour des raisons de santé qui ne lui permettent pas de faire tout ce qu’il souhaiterait. Il s’est engagé dans une formation pour devenir agent de sécurité. Son passe-temps favori est à la pêche, dont il distribue le fruit à ses voisins. Souvent sur la défensive qui peut lui donner un air agressif, Christophe est une personne sensible et généreuse.

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Alexandra avec ses deux enfants, Noa et Elina

Alexandra a toujours vécu dans le quartier. Après une adolescence compliquée où elle fait de mauvaises rencontres, elle reprend les choses en main avec le soutien de ses parents qui l’accompagnent au quotidien. Maman de deux enfants qui ne voient quasiment plus leur papa, elle se lance dans une formation d’assistante comptable. Elle va jusqu’au bout de celle-ci, sans obtenir son diplôme, mais elle décroche quand même un CDD dans une entreprise chez qui elle a réalisé un stage. Après une période d’essai, elle devrait obtenir un CDI. Son urgence est de quitter le quartier pour aller vivre dans un village à proximité de Chalon-sur-Saône et de passer son permis de conduire. Sa détermination pour se sortir de sa situation est sans faille ; elle mettra tout en oeuvre pour que ses enfants soient heureux.

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Florian Bailly

Florian a 21 ans et habite toujours chez sa mère et son beau-père. Actuellement en ESAT, qui a pour vocation l’insertion sociale et professionnelle des adultes handicapés, Florian estime avoir un niveau intellectuel supérieur à ses collègues et envisage de s’inclure dans le milieu ordinaire à l’avenir. Le petit pécule qui lui est versé chaque mois dans le cadre de sa formation lui sert à aider sa famille. Il aime beaucoup la musique et les animaux. A la maison, il y a cinq chats, dont une chatte qui a donné naissance à cinq chatons. C’est à l’abri de sa chambre d’adolescent, que ces derniers seront sevrés avant de rejoindre d’autres maisons.

JOSIANE STIENNE ET GERARD BOURQUI-1340429
Josiane Stienne et Gérard Bourqui

Josiane et Gérard forment un couple très uni. Cela fait dix ans qu’ils partagent un quotidien difficile et la solidité de leur relation tient à la confiance mutuelle qu’ils entretiennent. Gérard est désormais retraité et il occupe son temps entre la vice-présidence du jardin partagé du quartier et la fabrication de petits soldats en épingle à linge qu’il peint avec soin. Josiane, quant à elle, travaille deux heures par semaine en tant que femme d’entretien ; pour rien au monde, elle ne lâcherait son emploi précaire car elle aime son métier. C’est une créative qui écrit du slam, fabrique toutes sortes de choses avec du matériel de récupération. Sa philosophie est de prendre la vie telle qu’elle se présente, de construire le bonheur de sa famille avec des petits riens qui font tout.

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Juniella Codo

Juniella est guinéenne. Elle est arrivée en France avec ses deux filles qui ont 15 et 17 ans, il y a quatre ans. Elle a quitté son pays parce qu’elle est menacée par la sorcellerie. Dans chaque famille, un sorcier est désigné et a été choisie. Elle a refusé et elle est maintenant menacée. Elle ne veut pas endosser un rôle qui ne vise qu’à faire du mal à autrui. Chrétienne pratiquante elle s’en remet à Dieu avec ferveur chaque jour pour que rien ne lui arrive à elle et sa famille. Elle a rencontré le préfet pour défendre sa situation qui ne veut rien entendre car il ne la croit pas menacé. « Il y a un fossé entre nos deux cultures et la France ne peut pas comprendre et donc ne peut admettre que je suis en grand danger ! » dit-elle. Elle devrait être expulsée vers son pays avec ses enfants très prochainement. Juniella vit dans la terreur de rentrer chez elle.

SANDRA MONNERET-1340312
Sandra Monneret et son fils

Sandra est maman de deux enfants. Rémunérée par la MDPH pour prendre soin de son mari malade, son oxygène est le temps qu’elle passe dans deux maisons de quartiers, pour s’occuper des séniors avec un atelier des neurones et un autre de tricot. Elle a eu du mal à s’occuper de son premier enfant, le sentiment de maternité n’étant pas naturel chez elle, à l’époque. Elle évoque la césarienne de sa mère alcoolique dans l’ambulance qui l’amenait à la clinique et à qui on l’a arraché pour la placer dans une famille d’accueil, qu’elle considère comme ses parents. Allergique au maquillage, elle a choisi de se teindre les cheveux en rose, rare signe de féminité qu’elle peut s’autoriser.

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Myriam Sacko et ses enfants

Myriam a quitté la Guinée en avion avec ses cinq enfants, pour arriver en France en novembre 2018. Seule pour les élever, elle met un point d’honneur à ce qu’ils soient irréprochables. « En France, les enfants ont des droits et des devoirs dès leur naissance. Chez nous, ce n’est pas le cas. Un enfant ne doit pas avoir trop de liberté, et doit s’appuyer sur l’expérience de ses parents. Quand un enfant fait une grave bêtise, ce n’est pas le coeur de l’état qui saigne, mais bien celui de ses parents ! » dit-elle. Chaque jour, toute la famille fait la prière. Myriam ne porte pas le voile en dehors de chez elle, car elle estime que la religion est une affaire entre chacun de nous et Dieu. La foi est avant tout liée à une attitude personnelle vis-à-vis de son semblable.

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Denise Poyen

Denise est une charmante dame de 93 ans, « toute simple et sans problème » dit-elle. Elle a vécu son enfance et son adolescence dans le sud de la France, avant de rencontrer son futur mari dans un bal populaire. Ils ont ensuite rejoint les parents de monsieur à Chalon-sur-Saône, chez qui ils ont vécu durant 16 ans avec leurs 6 enfants. Ils ont tous deux lutté pour donner la meilleure éducation à ces derniers. Aujourd’hui veuve, Denise est très entourée par ses enfants ; « la famille, c’est tout ! ». Elle envisage de déménager pour s’installer dans une nouvelle résidence pour senior, une alternative à la maison de retraite.

ELIANE ET PIERRE BAILLY-1340043
Eliane et Pierre Bailly

Né à Paris, d’une fratrie de cinq enfants, Pierre a des racines franc-comtoises qu’il revendique avec force. Il a reçu une éducation bourgeoise au sein d’une famille de chocolatiers de la région parisienne. Très tôt Pierre ne se reconnaît plus dans le système scolaire imposé. De petits jobs en petits jobs, il rencontre sa future épouse Eliane, avec qui il tiendra un café, puis un restaurant à Dole. Sa vie professionnelle le conduira finalement à Saint-Rémy en tant que cuisinier, pour le compte du foyer Arcadie. Depuis qu’il est a la retraite, Pierre s’est remis plus activement à sa passion qu’est la musique. Il donne quelques concerts dans les maisons de quartier de Chalon où il interprète son propre répertoire, mais aussi quelques chansons de Brassens, un peu Brel, Trénet, Vian, Moustaki et Ferrat.

ALIETTE DRAPIER-1330961
Aliette Drapier

Aliette m’a d’emblée accueilli en me disant : »Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais je veux avoir un droit de regard sur ma photo avant son exposition et je ne veux pas être prise de trop près. ». Cette entrée en matière reflète le tempérament d’Aliette ; une femme de caractère, directe et coquette. Divorcée et depuis quelques années à la retraite, c’est aussi une hyper-active qui ne se pose jamais, même quand elle est chez elle : « J’ai toujours quelque chose à faire et je me reposerais quand je serais morte ! ». Elle n’hésite pas à partir en voyage seule, que ce soit en camping ou en voyage organisé. Très active à la Maison de quartier « Les Aubépins », elle est aussi un élément moteur pour les autres.

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Thérèse Bessette

Thérèse est une dame de « la haute », telle qu’on pourrait la qualifier en prenant un raccourci. Je tairais son âge, car dans son milieu, il serait déplacé d’en parler. Elle a été élevé dans une « bulle » (comme elle dit) qui la protégeait de l’extérieur. Son éducation stricte ne l’a pas empêché de traverser son enfance dans la joie et l’insouciance, jusqu’au décès de sa petite soeur, à l’âge de 15 mois. Un évènement dont elle ne se consolera jamais et qui, encore aujourd’hui, lui fait monter les larmes aux yeux. Tout bascule à ses 20 ans ; elle s’engage dans une association caritative pour y donner son temps. Une véritable révélation pour elle, qui croise chaque jour, la souffrance de ceux qu’on qualifie de « petites gens ». Elle se marie avec un riche industriel qui fréquente des figures politiques. Avec son mari, ils décident de s’installer au coeur du quartier des Aubépins, quartier dit prioritaire, dans une maison bourgeoise, vestige d’une époque où les tours n’avaient pas encore vu le jour. Elle y invite ses amis qui sont tous décontenancés par ce choix, mais sa joie de vivre, sa sincérité et sa gentillesse en font malgré tout une personne incontournable que l’on continue à fréquenter. Aujourd’hui veuve, Thérèse, éloignée de ses quatre enfants qui ont tous épousé une personne à l’étranger, poursuit sans faillir son combat contre la misère. Présidente de l’association de quartier des Aubépins, elle prend son rôle très à cœur « pour changer les choses ».  « J’ai tellement reçu de la vie, je ne pouvais que donner à mon tour … » dit-elle !

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Emilienne Ribet

Emilienne a 98 ans, elle est veuve d’un homme qui a fait toute sa carrière dans l’armée. Il a participé à toutes les grandes guerres : Indochine, Algérie, … Emilienne l’a suivi partout quand c’était possible et de fait, elle a beaucoup voyagé. Elle a un petit-fils qui a intégré l’armée également ; elle lui a conseillé de changer de carrière car c’était trop dangereux. Depuis il est devenu gendarme. Emilienne regarde tous les jours les infos et surtout l’actualité ; elle s’inquiète de la santé de son petit-fils, à cause des gilets jaunes, « ces imbéciles qui cassent tout ! ». Il n’y a pas un jour, où elle ne se maquille pas et où elle ne s’habille dans de jolies tenues ; « il faut se respecter, quel que soit notre âge. Si on ne prend plus soin de soi, alors rien ne va plus ! ». Sa fille Myriam vient la voir très régulièrement ; elles vont faire du shopping ensemble, mais ce n’est pas sa tasse de thé. Son armoire déborde de vêtements et elle ne sait plus quoi en faire. Malentendante, elle attire mon visage à son oreille pour mieux me comprendre. Elle me pose 1000 questions et s’amuse que je puisse m’intéresser à elle. Elle aime beaucoup lire, mais elle a récemment changé ses lunettes qui ne lui conviennent pas ; « si je ne peux plus lire, alors qu’est-ce qui me restera à faire d’intelligent ? ».

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Myriam Ribet

Myriam est la fille d’Emilienne, 98 ans, avec qui elle vit maintenant depuis dix ans; « j’ai mis ma vie entre paranthèse pour m’occuper de celle qui m’a donné mon premier souffle! ». Elle sortent ensemble pour faire du shopping et incite sa mère à acheter des vêtements qu’elle ne porte jamais, ou qu’une seule fois. ATSEM dans une école primaire, elle aime son métier. Le contact avec les enfants l’épanouisse. Elle a perdu son fils dans un accident de voiture et a du mal à s’en remettre. Très complexée, elle résiste à mes prises de vues. Elle n’aime rien chez elle ! Elle conçoit que cette vision d’elle-même est une perte de temps, mais c’est plus fort qu’elle.

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Marianne Grosbeau

Marianne est à la retraite depuis un an. Elle exerçait le métier d’infirmière au CHS de Sevrey, qui a pour mission la prise en charge des troubles de santé mentale. Elle a vu évoluer son travail avec les années, où on est passé d’un véritable accompagnement des patients, à un système qui pense la prise en charge en termes économiques. Inquiète de son passage d’une vie professionnelle très active, à la vie plus calme d’une retraitée, Marianne s’est investie dans plusieurs associations qui proposent des créations avec du tissu. « Je me donne un an pour choisir celle qui me donnera le plus de satisfaction », dit-elle.  Son plus grand plaisir est de fabriquer des poupées, qu’elle affectionne comme ses propres enfants.

SYLVIE MERLE-1340109
Sylvie Merle

Sylvie nous accueille sur le pas de sa porte en nous disant « j’ai beaucoup changé et désormais, je suis guérie ! ». Mariée de longue date à un chauffeur routier, elle a passé beaucoup de temps seule dans son appartement. Rapidement dépressive, elle fait la connaissance d’un homme qui faisait les encombrants. Elle l’aide peu à peu à chercher de nouveaux trésors, qu’ils stockent chez lui. Au bout d’un certain temps, à sont tour, Sylvie remplit son appartement d’objets, de meubles,  de nourriture avariés trouvés dans les contenairs. Les voisins alertés par la vision de son balcon qui déborde de choses de toutes sortes et l’odeur de pourriture, portent plainte et diffusent une pétition relayée par la presse ; Sylvie se fait interner d’office par l’administration de la ville, au CHS de Sevrey, qui a pour mission la prise en charge des troubles de santé mentale. Elle y reste six mois, d’abord dans le déni. Durant son absence, l’OPAC fait tout débarrasser et remet son appartement à neuf. Ce dernier est désormais vide de tout superflu. Depuis son retour, Sylvie participe à des activités proposées par la maison de quartier ; ses petits travaux manuels viendront peu à peu décorer son nouvel espace.

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Jean

Jean est désormais retraité de la marine marchande. Il a complètement transformé son petit appartement en cabine de bateau et s’est même lancé dans la réalisation d’une maquette, symbole de toute une vie. Fils et petit-fils de marins, il n’est pas en reste d’anecdotes sur son ancien métier et encore aujourd’hui il se ressource auprès de ses amis sur le port de Chalon-sur-Saône. Diabétique, trois infirmières se relèvent pour lui faire ses trois injections du lundi au dimanche. Il ne peut donc pas partir plusieurs jours car sa maladie le rend très dépendant. Mais ce ne le dérange pas ; il aime son train-train quotidien. Sur un des murs deux grosses épées du moyen-âge ; « j’aurais aimé être un chevalier, pour combattre les ennemis des plus faibles ! »

SYLVIE GIRAUDET-1340153
Sylvie Giraudet

Sylvie, retraitée, était comptable dans une grosse entreprise. Aujourd’hui, elle occupe son temps à la lecture et dans une chorale où elle chante dans plusieurs langues étrangères. Ses vacances, elle les passe chez ses enfants pour leur donner un coup de main dans le jardin, à la cuisine ou pour garder ses petits-enfants. D’une timidité maladive, elle ne sort pas beaucoup en dehors de ses cours de chant. Son appartement est d’une propreté sans défaut.

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Tomislav Dzemic

Ça fait maintenant 13 ans que Tomislav est arrivé en France de Serbie. Il a obtenu ses papiers depuis et il est en droit de travailler. Sa femme, quant à elle est allée plus loin dans son souhait d’intégration puisqu’elle s’est fait naturalisée Française. Tomislav ne se sent toujours pas Français ; il n’envisage pas non plus de retourner dans son pays d’origine car il garde en tête le souvenir de son village complètement détruit. C’est un peu comme s’il était apatride aujourd’hui, ce qui ne le rend pas heureux. Avant la guerre, il travaillait l’osier et il était reconnu comme un très bon artisan. Aujourd’hui il occupe son temps en confectionnant des paniers, qu’il devrait exposer là où on voudra bien l’accueillir. Il envisage même de créer une micro-entreprise pour développer sa petite affaire. En attendant il fait des petites missions intérim qui lui permettent de dégager en moyenne 800€ par mois. « C’est bien suffisant, quand on pense que certains ont encore moins que ça pour vivre ! » . Sa femme traverse l’épreuve d’un cancer du sein et reste à la maison : « Tant que la famille est soudée, tout va bien ! ».

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Maryline Nutte

Maryline est originaire de Picardie. Elle a suivi son mari en Bourgogne et a eu trois enfants dont elle s’est occupée en tant que mère au foyer. Femme hyperactive, elle avait besoin de se remettre au travail et de renouer des liens avec l’extérieur. Elle se trouve un job pour de la vente à domicile. Sa nature joviale, son goût pour relever des challenges, son dynamisme et sa créativité lui permettent de relever ce premier défi avec brio. Son mari était contre le fait qu’elle reprenne le travail, mais elle a tenu bon et a imposé sa décision. Aujourd’hui, en plus de son travail en usine elle est devenu Présidente d’un comité qui gère trois quartiers prioritaires de Chalon-sur-Saône. Elle se bat pour améliorer le quotidien des habitants mais regrette que le bénévolat ne soit plus ce qu’il était ; aujourd’hui c’est plus difficile d’envisager de gros projet, car la plupart du temps on se retrouve seule.

NGIANDU KAPELA-1340261
Kapela Ngiandu

Kapela NGIANDU a fui Kinshasa en République démocratique du Congo, avec sa femme, alors qu’elle était enceinte. Kapela est un artiste peintre de renom dans son pays d’origine ; il y a six ans, il a dessiné une caricature du Président, dans une situation représentant la corruption, les violations des droits de l’homme, les abus et atteintes à la démocratie dans l’exercice de ses missions. Ils ont été poursuivi pour cela et ont dû fuir pour éviter l’emprisonnement. Arrivés en France, ils ont été séparé ; Sa femme a été transférée à Digoin, puis Chalon-sur-Saône et Kapela est resté sur Paris. Ils arrivent à se voir de temps en temps. Leur petite fille de six ans vit avec sa maman et va à l’école. Outre son inquiétude permanente pour sa famille qu’il ne voit que très peu, Kapela m’explique qu’il n’existe que par son art. Il a fait plusieurs galeries parisiennes pour exposer son travail, mais toutes lui demandent un numéro de Siret. « C’est pour moi une question de survie, si on ne voit pas mon art, je suis invisible, je n’existe pas. Mes tableaux, c’est mon identité ! »

JOELLE VERBORGT-1340207
Joelle Verborgt

Joelle, 70 ans, me raconte son premier emploi dans une usine de vaisselle, pour laquelle elle était facturière et où elle travaillait 46h30 par semaine. Son bureau était dans une sorte de couloir, où se trouvait un autre employé à qui elle tournait le dos et qui ne lui adressait jamais la parole. Face à elle, une grande baie vitrée la séparait de son patron qui lisait son journal en se grattant les chaussettes : « Je crois qu’il m’aimait bien ! » dit-elle avec un grand sourire, le visage penché sur le côté. Elle a épousé un chaudronnier (un bon métier selon Joelle), qui a décidé un jour de tout laisser tomber, pour devenir CRS. Il ne lui a pas demandé son avis, mais elle aurait préféré qu’il reste à l’usine. Il est devenu ensuite policier d’intervention spéciale et il partait souvent en mission, entre trois et six mois ; de longues périodes de solitude, où elle passait beaucoup de temps à la fenêtre pour observer les allers et venues de ses voisins. « Je suis une espionne », dit-elle en riant. Ca fait deux ans qu’elle lutte contre un cancer du sein. Son mari, désormais à la retraite, passe son temps à entretenir une petite parcelle de jardin qu’il a acheté pour sa retraite. Joelle, quant à elle, s’est acheté une poupée, pour qui elle confectionne toute une panoplie de robes colorées. Et dans un sourire que je trouve empreint de tristesse, elle nous dit pour finir : « Et le temps passe ainsi, tout doucement, sans faire de bruit ! »

ABDALLAH ABDELRAHIM-1330621
Abdelrahim Abdallah

Abdelrahim est arrivé du Soudan en France, il y a deux ans. Il parle difficilement le français, s’exprime à mi-voix, et fuit mon regard. La main sur le coeur, il finit par me montrer une photo sur son portable et m’indique que c’est sa petite fille (elle a deux ans et demi). Il a quitté sa femme et son enfant alors que cette dernière n’avait que 6 mois. Depuis un an il n’a plus aucune nouvelle de son épouse, et il est fou d’inquiétude… Il me dit : « je n’arrête pas de lui envoyer des messages mais elle ne me répond plus… ».  J’arrive à lui tirer un sourire lors de cette prise de vues.

ADAM IBRAHIM-1330664
Ibrahim Adam

Ibrahim passe tout le temps de notre échange à nous parler du Soudan, le pays qu’il a dû quitter à contre-coeur ; les animaux sauvages, l’immensité du territoire, la végétation luxuriante, les belles femmes, les amis qui se retrouvent le soir pour chanter et danser, … Toujours dans l’attente d’une régularisation, il ne désespère pas de refaire sa vie en tant que comptable ou informaticien, ses anciennes formations.

CHANTAL ET MARC JOBARD-1330812
Chantal et Marc Jobard

Chantal et Marc sont un couple de retraités très unis. Ils ont perdu un fils dans un accident et ça les a soudé encore davantage. Leur deuxième fils est intermittent du spectacle et a sa propre compagnie. Ils sont bénévoles pour beaucoup d’artistes et ils adorent ça. Chaque année, ils doivent offrir un présent à leurs amis, fabriqué de leur main. Une année, Marc n’ayant pas d’idée, demande à Chantal qui lui répond : « si tu veux je peux te tricoter un bonnet et tu n’auras qu’à dire que c’est toi qui l’as fait ! ». Souhaitant respecter son engagement, il a préféré le faire lui-même, quitte à prendre le risque d’un travail imparfait. Depuis, ils passent leurs soirées à tricoter ensemble…

MELANIE ET JULIETTE MERE-1330717
Mélanie et Juliette Mère

Mélanie partage son petit appartement avec sa mère, sa fille, cinq chiens et un chat. Elles vivent toutes les trois dans des conditions extrêmement difficiles. Elle ne peut pas travailler, car elle a un grave problème de santé. À temps perdu, elle se fait les ongles et aimerait bien en faire un métier, mais la formation coûte trop cher et pôle emploi ne prend pas celle-ci en charge. Elle a aussi une grande fille et un garçon. La première a été « enlevée » par son père qui vit dans une communauté ROM. Son fils a rejoint son père lui aussi, lorsque Mélànie a refusé de se plier à son ultimatum : « C’est les chiens ou moi ! ». Elle ne les voit plus du tout, mais se dit qu’ils comprendront plus tard.

Mohamed Faroug-1330553
Faroug Mohamed

Faroug, Soudanais, a 23 ans,  et vient tout juste d’obtenir ses papiers. Il peut désormais envisager un avenir plus serein en France. Universitaire, il se destinait à une carrière de journaliste avec l’obtention d’un doctorat en lettres. Les événements dans son pays ne lui ont pas permis de terminer ses études. Arrivé en France, il ne perd pas de temps; sa volonté de s’en sortir est immense et il passe plusieurs heures jour et nuit, à tenter de maîtriser la langue française. Il a plus de facilité que ses amis, car au Soudan, il a pu bénéficier d’heures de cours de français dans un établissement privé, qui n’est pas accessible à tous. Il sait que c’est un privilégié, mais il ne renonce pas à voir régulièrement ses amis restés au foyer des migrants pour les soutenir et les accompagner dans leur démarche. Aujourd’hui, il doit s’engager dans une formation en tant qu’électricien. C’est très loin de ses aspirations premières mais ce qui compte plus que tout, c’est de s’en sortir.

NASR IMAD ELDINE-1330641
Imad Eldine Nasr

Imad Eldine est originaire d’un village du sud du Soudan. Il n’évoque que la douceur de son enfance, à courir derrière les chèvres et à jouer avec les jeunes du village. « On ne se posait pas de question pour vivre là-bas, même si notre quotidien était lié à une économie de subsistance. Cette simplicité m’aide à tenir et à garder l’espoir de jours meilleurs ! ».

RENEE LEFEBVRE-1330855
Renée Lefebvre

Renée est seule depuis son divorce il y a de nombreuses années. Femme battue, elle a quitté son mari avec ses enfants sous le bras, à l’aventure d’une vie à laquelle elle n’était pas préparée. Si elle s’est est sortie c’est parce qu’elle accepte d’en parlé ouvertement et elle a réussi à faire le deuil de ses souffrances grâce à cette démarche personnelle. Elle fait partie d’un groupe de trois femmes qu’on surnomme « les gazelles » ; elles s’entendent comme trois sœurs et veillent l’une sur l’autre au quotidien. Engagée, elle est membre de deux associations caritatives dont une qui s’occupe de l’accueil des migrants.

SHAH PATEMA-1330768
Fatima Shah

J’arrive au foyer de migrants pour rencontrer Shaha Fatema, jeune maman bangladaise de 23 ans, qui a deux enfants. En France depuis 6 ans, elle a quitté son pays pour fuir un mariage forcé. Elle est partie avec l’homme qu’elle aimait et ont eu leurs deux enfants sur le territoire français. Il était libraire, elle était étudiante et ils étaient amoureux. Ils se marient sans l’accord des parents de la mariée, sachant qu’il leur faudra fuir le pays pour avoir trahi une tradition millénaire. Ce n’est pas le seul sacrifice qu’elle a dû faire car une femme bangladaise doit arrêter ses études quand elle se marie ; elle aurait aimé devenir comptable car elle était très forte en mathématiques. Elle aurait aussi aimé voyager et découvrir Dubaï, la Belgique ou l’Angleterre.  Elle et sa famille ont épuisé tous les recours pour obtenir l’asile. Ils vont être expulsés de France vers leur pays d’origine dans les jours qui suivent.

FRANCOISE-1330835
Françoise

Françoise ne dira pas son âge, car elle n’en a pas ; très jeune dans sa tête, on pourrait la décrire comme une excentrique, tant elle est enthousiaste pour tout. Veuve, son parcours amoureux n’est pas commun. Très jeune elle est tombée amoureuse d’un jeune homme qui partait en déplacement sur Paris chaque semaine. Chaque vendredi soir, elle allait attendre son retour à la gare. Un jour, il n’est plus redescendu et n’a plus donné de nouvelle. Elle s’est rendue dans cette gare durant des mois, espérant le revoir un jour. S’en sont suivies de longues années de dépression, jusqu’au jour où, alors qu’elle avait quitté le foyer de ses parents et qu’elle était indépendante, au bas de chez elle, elle aperçoit un homme avec un enfant dans les bras. C’était lui, avec le fils qu’il avait eu de son union parisienne. Il l’a supplié de revenir avec lui, ce qu’elle a fait. Ils n’ont jamais eu d’enfant ensemble mais elle a élevé son beau-fils comme si c’était son propre enfant. Avec son mari, ils ont partagé beaucoup de voyage au cours desquels ils ont acheté de nombreuses toiles et d’objets de toutes sortes. Aujourd’hui, Françoise est très active ; elle est membre d’une troupe de théâtre et passe du temps à coudre et à broder avec beaucoup de talent.

YAHIA ELHADI-1330685
Elhadi Yahia

Soudanais, il m’est impossible de communiquer avec Elhadi, car d’une part il ne parle pas un mot de français et parce qu’à priori, il n’en avait pas le désir. Il nous reçoit malgré tout dans sa petite chambre du foyer des migrants avec gentillesse. Tout ce qu’il parvient à me dire, c’est qu’il aime le football et qu’il joue parfois avec ses voisins de chambre. Au moment de la prise de vue, il me tourne le dos ; il ne veut pas qu’on voit son visage sur la photographie qui sera exposée…

STEPHANIE CHEIKH BRAHIM-1330897
Stéphanie Cheikh Brahim

Stéphanie  ne supporte plus la lumière du jour dans leur appartement et baisse les stores toute la journée. Elle se sent plus en sécurité, dit-elle. Française, elle a épousé son mari Algérien et s’est convertie à l’Islam. Elle ne fait pas le ramadan à cause de ses problèmes de santé. La famille s’apprête à partir s’installer dans le Jura ; elle a acheté une petite épicerie et fonde tous ses espoirs dans ce nouveau projet pour sortir de la galère.  Elle a du mal à partir du quartier car sa grande fille, maintenant indépendante, vit sur Chalon-sur-Saône et elle entretient une relation très fusionnelle avec ses enfants.

LEA-1340837

Léa est une jeune fille moderne qui vit au jour le jour. Elle n’a pas réussi à obtenir son CAP de coiffeuse et a dû se rabattre par défaut sur un contrat de vente en alternance, mais elle n’aime pas du tout ça. Elle est résolue à devenir coiffeuse et fera tout pour réussir ; c’est une véritable passion. Elle adore la mode, écoute beaucoup de musique et ses amis sont pratiquement tous des garçons. Elle n’aime pas les filles qui cherchent toujours des « embrouilles ». Son rêve serait de pouvoir quitter le quartier et Chalon-sur-Saône, pour aller vivre dans le sud. D’un tempérament bien trempé, elle peut très vite s’énerver, mais elle sait aussi faire preuve de douceur avec les gens qu’elle aime.

ABULLATI-1330007
Abdulladi Adlan

Abdulladi est originaire du Soudan. Il est un des rares demandeurs d’asile du foyer de Chalon-sur-Saône à avoir été régularisé pour le moment. Arrivée en France il y a deux ans, il est heureux d’avoir obtenu ses papiers si rapidement. Il est cependant triste d’être éloigné de sa mère et ses deux petits frères restés au pays. Il invite régulièrement ses anciens amis soudanais restés sans réponse dans son nouvel appartement. Une façon de leur faire profiter du confort celui-ci. Ils passent de longues heures à évoquer des souvenirs de la période où ils étaient encore au pays. Pour eux, Abdulladi qui a obtenu ses papiers, représente l’espoir de s’en sortir.

MARIE-LOUISE BONNETETE-1320995
Marie-Louise Bonnetete

Marie-Louise a 89 ans. C’est une femme encore pleine d’énergie mais qui a parfois des trous de mémoire ; elle a un problème à la tête dit-elle, mais elle refuse de prendre ses médicaments car ils lui donnent des vertiges. Chaque jour elle se lève à 8h00 et ne fait pas grand-chose jusqu’à 10h car elle est trop dans les vapes. À 10h, elle range son minuscule appartement. À midi, elle grignote une tartine de pain beurrée car elle n’a pas très faim. Elle fait ensuite une sieste de deux heures pour enchaîner avec une marche de plusieurs kilomètres autour de Chalon-sur-Saône. Chaque jour, elle s’assoit sur un banc le long des quais et attend qu’un inconnu vienne se poser à côté d’elle. Elle entame alors un début de conversation pour ensuite s’adapter à ce qu’il dit, car elle ne veut pas le faire fuir. C’est son moment de bonheur à elle, une façon de se sentir moins seule. Puis elle rentre manger vers 17h, pour se coucher à 18h avec son « amour » (ours en peluche). C’est une des premières locataires de la cité des Aubépins.

VINCENT RAVET-1330059
Vincent Ravet

Vincent a 15 ans et il est en troisième SEGPA. Actuellement en stage carrosserie, il sait déjà ce qu’il veut faire plus tard ; conducteur d’engins. Il n’a pas de téléphone portable car il est convaincu que c’est inutile. Son rêve serait de pouvoir aider ses parents financièrement. S’il gagnait un peu d’argent il le mettrait de côté pour ne jamais être dans le besoin. Il a peu de copains car les jeunes de son âge le trouvent trop différent. Il aide beaucoup son beau-père à bricoler et il adore ça.

RACHEL LANGLAIS-1320986
Rachel et Richard Langlais

Rachel et Richard sont mariés depuis 42 ans. Entre eux deux, c’est encore l’amour fou.  Ils ont quatre filles qui sont la prunelle de leurs yeux. Richard aimerait que sa femme s’occupe davantage d’elle-même, mais celle-ci passe tout son temps à s’occuper de sa famille. Elle adore cuisiner et parfois, elle va à la Maison de quartier pour participer aux cours de cuisine. Elle sait tout faire, sauf les pâtes ; à chaque fois elle rate la cuisson de celles-ci, qui sont toutes molles. Ils ont traversé de nombreuses épreuves ensemble, notamment le cancer compliqué de Richard. L’amour de Rachel m’a sauvé la vie, dit Richard.

FABIENNE BARUET-1320971
Fabienne Baruet

Fabienne a vécu longtemps dans la maison de ses parents, au-dessus de chez eux. Elle s’est mariée et c’est quand elle a divorcé qu’elle s’est résolue à partir. Si elle est restée si longtemps c’est parce qu’elle est handicapée ; à la naissance son cerveau s’est mal irrigué. Elle a deux enfants qu’elle a emmenés avec elle quand elle a déménagé et quitté son ex-mari. Ça a été difficile au début ; elle était complètement désorientée. Quand elle était petite, vers l’âge de 7 ans, elle a entendu une voix qui lui parlait la nuit. C’était celle d’un homme, qu’elle pense avoir rencontré plus tard, à l’adolescence. Elle pense avoir des dons de magnétiseuse mais n’en a pas fait le métier. Elle a peur qu’on la prenne pour une folle. À l’heure actuelle elle vit avec son fils qui a 30 ans ; elle sait qu’il partira un jour, mais elle n’est pas pressée.

ABDALLAH-1320645
Abdallah

Rencontre avec Abdallah est arrivé en France il y a trois ans. Né au Soudan, il a quitté son pays pour aller en Libye où il a été torturé ; il n’hésite pas à ôter son tee-shirt pour nous montrer ses multiples cicatrices sur les bras et le bas du dos. Il est arrivé en Italie par bateau pour rejoindre la France où il a erré de foyer en foyer faute de place. Ça fait maintenant un an qu’il réside à Chalon-sur-Saône en attendant ses papiers. Il habite dans une petite chambre dans un foyer d’accueil. Il passe le temps en jouant au ballon avec d’autres personnes dans sa situation et fait un peu de bénévolat au restau du coeur. Quand je lui demande comment il aimerait que je le prenne en photo pour raconter qui il est vraiment en ce moment, il se couche sur son lit et me dit : « je ne suis rien, rien qu’un homme qui attend, un homme en sommeil, pas tout à fait mort, qui ne renaîtra que lorsqu’il aura ses papiers ».

JOHANA LOPEZ-1320615
Johanatan Lopez

Johanatan est vénézuélienne. Elle est arrivée en France à 31 ans en suivant son mari Français, d’origine portugaise dont elle est divorcée depuis. De cette union est née un enfant qui vit désormais avec elle. Son intégration a été difficile au départ car elle ne parlait pas un mot de français, mais elle a réussi à obtenir un diplôme en vente à l’IUT du Creusot. Aujourd’hui, elle est accompagnatrice d’enfants handicapés dans des taxis. Elle fréquente assidûment la maison de quartier des Aubépins où elle fait découvrir la culture culinaire de son pays d’origine. Elle pratique de la gymnastique et adore cuisiner. Elle aime la France, son pays d’accueil, mais se sent avant tout Vénézuélienne. Elle s’inquiète beaucoup pour l’avenir de son pays de naissance et sa famille restée là-bas.

EMMANUELLE JANET-1320630
Emmanuelle Janet

Emmanuelle est une chtimi qui a suivi son mari en Bourgogne. Elle a exercé son métier d’aide-soignante, jusqu’à ce que son mari trouve une bonne place en tant que technicien supérieur dans une entreprise de Saône-et-Loire, qui l’oblige à partir en déplacement. Depuis, elle est Atsem à domicile, pour être plus présente pour ses deux fils. Elle aime beaucoup son nouveau métier, mais elle cherchait autre chose en plus pour s’épanouir davantage. Elle a récemment réussi son examen de sauveteur de premier secours et elle compte monter une micro-entreprise pour intervenir dans différentes institutions ou entreprises. Elle aime écrire des comptines, chanter et jouer de la guitare aux enfants qu’elle accueille et transmet son savoir-faire à d’autres Atsem.

STEPHANE PERRONNET-1320687
Stéphane Perronet

Stéphane est une figure connue et appréciée aux Aubépins ; il vit dans le quartier et exerce le métier de médiateur dans celui-ci, depuis dix ans. Ses passions sont l’écriture et le cinéma. Il a écrit le texte du livre pour enfants « L’enfant du roi Zébu » et en est très fier. Il a commencé sa carrière comme vendeur de jouets dans différentes entreprises, puis en tant que propriétaire d’une boutique. Très engagé dans les associations caritatives, il a finalement fait le choix de son métier actuel, pour être plus proche des gens dans le besoin. D’une nature positive, c’est avec le sourire qu’il m’annonce que son contrat précaire doit se terminer en 2020 et qu’à 46 ans, il ne sait pas encore ce qu’il va pouvoir faire. Son départ sera un coup dur pour les habitants du quartier.

ANTO NGIANDU-1320527
Anton Ngiandu

Anton a fui Kinshasa en République démocratique du Congo, avec son mari, alors qu’elle était enceinte. Kapela, son époux est un artiste dessinateur de renom dans son pays d’origine ; il y a six ans,  il a dessiné une caricature du Président, dans une situation représentant la corruption, les violations des droits de l’homme, les abus et atteintes à la démocratie dans l’exercice de ses missions. Ils ont été poursuivi pour cela et ont dû fuir pour éviter l’emprisonnement. Arrivés en France, ils ont été séparé ; Anton a été transférée à Digoin, puis Chalon-sur-Saône et Kapela est resté sur Paris. Ils arrivent à se voir de temps en temps. Leur petite fille de six ans vit avec sa maman et va à l’école. Quand j’ai rencontré Anton, elle n’a fait que parler de ce qui la préoccupe chaque jour ; la sécurité de sa famille et l’attente des papiers qui pourront les sortir de la peur. « Nous sommes sur un océan, je me noie en portant ma fille à bout de bras pour qu’elle survive! » m’a-t’elle-dit.

NICOLE CHARBOUILLOT-1320504
Nicole Charbouillot

Nicole vit dans un appartement qu’elle a transformé en maison de poupée ; broderies, dentelles, ours en peluche, petites vitrines remplies d’objets miniatures, papier peint fleuri de roses, coussins tricotés, … elle s’est créé son propre univers dans lequel elle se sent bien. Très habile de ses mains, elle passe beaucoup de temps à réaliser toutes sortes de choses. Fille d’une fratrie de 7 enfants, elle n’a jamais eu sa propre chambre ; elle pense que c’est ce qui explique son goût pour le monde enfantin. Seule, elle ne ferme pas la porte à une vie de couple, mais chacun devra vivre chez soi. Il faudra cependant que la naissance de cette relation soit à l’origine d’un coup de foudre réciproque.

MEMUR ET RIFAHIJA SALI-1320545
Rifahija et Menur Sali

Rifahija et Menur sont Kosovar. Ils ont fui la guerre avec leurs deux garçons il y a six ans. Le passeur leur avait promis de les déposer en Europe. Ils ont voyagé à l’arrière d’une fourgonnette sans fenêtre pour être déposés à Lyon. Ne parlant pas un mot de français, ils étaient désorientés et ne savaient pas qu’ils étaient en France. Le jour de ma rencontre, ils venaient d’obtenir leurs papiers. Ils se sont battus six années pour s’intégrer le mieux possible ; ils ont appris le français dans des cours et leurs enfants sont les premiers de leur classe avec les meilleurs résultats. Menur a été bénévole dans dix-huit associations.

JOCELYNE VADOT-1320541
Jocelyne Vadot

Jocelyne revendique haut et fort ses origines de manouche. Fille de forain à Chalon-sur Saône, elle se souvient avec nostalgie de son enfance et des pommes d’amour qu’elle vendait alors qu’elle n’avait que douze ans. Son mari est actuellement hospitalisé pour un problème de santé grave, mais elle vit les événements avec optimisme et elle fait tout ce qu’il faut pour que son homme ai les meilleures chances de guérison ; elle prie plusieurs fois par jour la vierge Marie et allume des cierges. Ils n’ont jamais pu avoir de descendance,  mais elle considère ses animaux comme ses enfants.

OCEANE BOUVERET-1320463
Océane Bouveret

Océane est une jeune fille de 16 ans avec toutes les préoccupations de son âge. Elle est cependant d’une grande maturité et s’est investi dans un CAP de pâtisserie en alternance, car elle a toujours fait des gâteaux à la maison avec sa mère. Elle est amoureuse depuis deux mois et demi, d’un jeune garçon du quartier, qui a choisi de faire le métier de boulanger. Elle se dit que cette rencontre n’est pas le fait du hasard et qu’un jour, s’ils travaillent fort tous les deux, ils pourront ouvrir une boulangerie-pâtisserie.

CORINNE MAGNIEN-1320456
Corinne Magnien

Corinne n’a jamais travaillé. Elle a élevé ses trois enfants qu’on a dû lui retirer. Elle entretient avec « sa fille » (sa poupée) une relation très fusionnelle. Nénette, porte de jolies robes que Corinne lui tricote inlassablement. Elle ne se sépare jamais d’elle et interdit à quiconque de la toucher. Deux après-midi par semaine, elle sort dans le parc et retrouve quelques voisines qui descendent le café et des petits gâteaux. Une fois par mois, elle cuisine une brioche pour faire plaisir à ses amies. Dans la cité on la considère un peu comme une personne étrange, mais ça ne la dérange pas ; elle assume sa différence.

NICOLE BLANDENET-1320471
Nicole Blandenet

Nicole a 77 ans. Elle sort d’un cancer du sein difficile, mais elle reste encore sous traitement. C’est une femme d’un optimisme à toute épreuve. Elle tire un bénéfice de toutes les expériences de sa vie. Sa petite chienne Noisette est sa plus grande complice. Elle a beaucoup d’amies, mais elle est obligée parfois de prendre de la distance, car dit-elle, elle serait envahie chaque jour et elle a besoin de se retrouver seule de temps en temps. Petite fille d’une fratrie de quatorze enfants, elle a vécu en Bresse dans une petite ferme. A douze elle a été placée comme fille de ferme chez un agriculteur pour aider sa famille. Elle le faisait volontiers mais son seul regret était de devoir dormir dans la paille, aux écuries, à côté du cheval de la ferme.

MARYVONNE AGAESSE-1320494
Maryvonne Agresse

Maryvonne est une artiste. Depuis qu’elle est à la retraite, il y a dix ans, elle n’arrête pas de peindre. Son appartement est une véritable galerie d’art. Elle a également une passion pour le Japon où elle est partie en vacances dix jours. Elle a rapporté un livre de cuisine et concocte des mets aux saveurs asiatiques. Elle était professeur de sciences dans un établissement privé agricole. Elle a dû s’arrêter pour élever ses enfants pendant dix ans à la demande de son mari, mais contre sa volonté. Après son divorce, elle a dû se convertir au métier de commercial, ce qui lui a permis de se socialiser après dix ans de maternité.

HANANE FERCHICHI-1320383
Hanane Ferchichi et son fils Mohamed

Hanane est marocaine et a deux enfants. Elle vit en France avec son mari âgé de plus de 25 ans et ils sont très amoureux. Sa passion est la cuisine ; elle confectionne des plats de son pays d’origine mais également internationaux. C’est une maman attentionnée qui aime faire les boutiques. Si une amie marocaine devait s’installer en France elle lui conseillerait de ne pas faire de « conneries » pour bien s’intégrer.

SOLANGE PUTIGNY-1320338
Solange Putigny

Solange est une femme pleine de surprises ; elle adore la danse orientale qu’elle ne pratique que dans son salon avec ses deux amies, Renée et Jocelyne (« Les Gazelles »). Elle est championne de pétanque lyonnaise et a gagné de très nombreuses coupes ; elle est respectée par les boulistes masculins, qui  reconnaissent son talent. Elle collectionne toutes sortes de statuettes et d’objet à effigie  de Johnny Halliday, dont elle est une fan absolue. Elle vit seule et met tout en œuvre pour rattraper le temps perdu sur un passé très difficile. Elle est engagée dans deux associations caritatives.

JOSIANE GAUTHERON-1320373
Josiane Gautheron

Josiane est originaire de l’île Maurice. C’est une personne solaire qui sourit tout le temps. Elle est passionnée par la lecture et lit tout ce qui lui tombe sous la main. Elle est nounou de 4 enfants depuis que ses propres enfants sont partis de la maison pour faire de grandes études. Elle fréquente assidument la maison de quartier des Aubépins.

PATRICIA HOFFEURT-1320403
Patricia Hoffeurt et sa fille Médina

Patricia vit seule avec sa fille Médina qui représente ce qu’elle a de plus précieux au monde. Elle vit du RSA et les fins de mois sont difficiles. Elle adore la mode, les belles robes et les jolies chaussures. Quand elle peut, elle en achète sur le net car elle n’aime pas faire les boutiques. Sa fille a trois ans et elle devrait aller à l’école en septembre ; ce sera un déchirement de se séparer de sa fille, mais elle pourra envisager de se former pour trouver un travail.

Capture d’écran 2019-09-06 à 20.02.12

 

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