Emmaüs, le dernier rempart

Qui ne connaît pas le célèbre appel de l’Abbé Pierre du 1er février 1954, qui lançait un appel au secours pour les SDF qui mouraient de froid dans les rues de Paris et partout en France ? De celui-ci naîtra l’association Emmaüs le 17 mars 1954.

Le Mouvement Emmaüs compte aujourd’hui 117 communautés. Elles sont des lieux d’accueil, de vie, d’activité et de solidarité, qui fonctionnent sans aucune subvention et uniquement grâce à la récupération d’objets. Cette autonomie financière leur permet d’être innovantes, et libres de leurs actions. La personne accueillie à la communauté reste le temps qu’elle souhaite, avec pour seule obligation de respecter les règles de vie communes. Fidèles à l’accueil inconditionnel, les communautés accueillent des personnes de tous horizons. La communauté permet de se « refaire une santé », de retrouver les repères d’une vie sociale organisée. Elle procure la fierté de se sentir à nouveau utile, et donne un sens à la vie en se mettant au service des plus démunis, grâce aux nombreuses actions de solidarité réalisées.

Depuis 2010, elles bénéficient du statut OACAS (Organisme d’accueil communautaire et d’activités solidaires) qui reconnaît officiellement une qualité de travailleur solidaire aux compagnes et compagnons et leur garantit l’accès aux droits à la santé (couverture universelle complémentaire CMU-C) et à la retraite. La communauté cotise pour eux à l’URSSAF à hauteur de 40 % du SMIC. Une reconnaissance pour laquelle l’abbé Pierre s’est battu tout au long de sa vie. La convention OACAS a été renouvelée, le 4 juin 2015, pour la période 2015/2019, par le ministère des Relations sociales. Cet accord entre l’Etat et Emmaüs France prévoit notamment de favoriser les droits à la formation des compagnons et leurs parcours en insertion professionnelle. Ce sont essentiellement des personnes issues d’une grande précarité, avec ou sans papiers, souvent de la rue, qui cumulent plusieurs problématiques: mauvaises conditions de santé, addictions, dégradation des liens relationnels et familiaux…  Le nombre de personnes accueillies est en hausse et bon nombre de demandes ne peuvent malheureusement pas être satisfaites.

Les communautés sont des lieux de passage mais également des lieux de vie : bon nombre de personnes y sont depuis 10, 20, 30 ans, arrivées par nécessité et qui ont choisi d’y rester. La moyenne d’âge reste stable avec une moyenne de 46 ans. Mais le chiffre est trompeur. Un bon nombre de compagnons restent à la Communauté pour leur retraite, et, ces dernières années, bon nombre de jeunes y démarrent leur vie. L’équilibre hommes-femmes est stable avec une forte majorité masculine.  Par ailleurs, les Communautés accueillent de plus en plus de familles.

A l’heure où la question de la pauvreté, des migrants, des « gens de rien » fait débat, j’ai été invité par la communauté Emmaüs de l’Autunois en Saône-et-Loire (qui regroupe Etang-sur-Arroux, Autun et Montceau-Les-Mines). J’y suis restée une semaine. Leur vœu: rendre visible, « les invisibles » !

Emmaüs, le dernier rempart contre l’exclusion …

Les clients attendent l’ouverture des grilles.

Ce que vous connaissez très bien ; les horaires d’ouverture d’Emmaüs, pour dénicher la bonne affaire, par nécessité, pour flâner un jour de pluie, par désœuvrement. Une clientèle très variée qui touche toutes les couches sociales, y compris les entreprises telles que les antiquaires ou brocanteurs.

Une bénévole forme un compagnon à la gestion d’un secteur de vente

Une fois à l’intérieur on rencontre des vendeurs, des visages devenus familiers à force de revenir, mais qui restent cependant anonymes, sans nom, sans origine…

 

On se dit forcément que ce sont des nécessiteux puisqu’ils sont compagnons, mais on oublie très vite cet aspect des choses pour se concentrer sur notre premier objectif, celui de trouver l’objet rare et surtout moins cher qu’ailleurs.

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Et puis l’après-midi passe très vite, sans que l’on s’en rende compte; tellement de choses à voir, à essayer, à imaginer chez soi, à négocier, à acheter.

 

On sait vaguement que les produits vendus viennent principalement de dons de particuliers. Avec « Le bon coin » maintenant et on y regarde à deux fois avant de donner. Les temps sont si difficiles et la crise ça touche tout le monde aujourd’hui ! La qualité des produits cédés à la communauté est de moins bonne qualité, mais on ne s’en plaint pas.

 

La communauté d’Etang-sur-Arroux a trois camions pour 1366 adresses de collectes et livraisons. Elle gère 11 000 dépôts volontaires et en moyenne 352 tonnes de matériel sont récupérés sur les tournées.

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Ce qu’on sait peut-être c’est qu’avant d’entreposer toute cette marchandise, elle est triée, nettoyée, réparée, recyclée et qu’elle permet aux compagnons de toucher 350 euros par mois pour 35h de travail hebdomadaire.

 

En 2017, la communauté d’Etang-sur-Arroux a géré : 100 tonnes de papier/carton, 91 tonnes de ferraille, 88 tonnes de textile.

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Ce qu’on sait peut-être également, c’est que la plupart des postes de travail est occupée par les compagnons. La communauté de l’Autunois compte 37 compagnons travailleurs et 7 salariés. Les compagnons vivent plus ou moins en vase clos et ça crée des liens forts entre eux; c’est comme une famille.

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Ce qu’il faut savoir, c’est que la communauté c’est aussi des bénévoles de toutes classes sociales, qui sont arrivés là d’abord comme simples clients et qui ont demandé s’ils pouvaient aider.

 

Ce qu’on est loin d’imaginer, c’est que les compagnons ce sont aussi des familles avec des enfants, qui, pour la plupart sont nés en France de parents qui ont fui leur pays et qui sont là depuis de nombreuses années.

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Ils se sont très vite intégrés et ce sont principalement eux qui apprennent le français à leurs parents. Sur les communautés d’Etang-sur-Arroux et Montceau-les-Mines, on compte 37 compagnons, dont 30 hommes, 7 femmes, 5 couples et 9 enfants.

 

Ce qu’on ne sait pas c’est que la communauté vit en totale autonomie, sans aucune subvention et uniquement de la vente de sa marchandise. Les compagnons sont logés, nourris et vêtus par la communauté.

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Ils ont construit un poulailler pour avoir des œufs et reçoivent des dons de nourriture en « troisième mains » des épiceries sociales.

 En 2017, la communauté a servi 35 000 repas et compte 12 000 nuitées.

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Ce qu’on ne sait pas, c’est que malgré les inquiétudes liées à l’avenir, les familles tentent de cultiver le bonheur pour l’équilibre de leurs enfants.

 

L’avenir c’est important, mais le présent l’est davantage.

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Et puis il y a aussi les célibataires, ceux qui ne se battent que pour eux-même, alors forcément c’est plus difficile,

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les mamans qui ont leurs enfants placés en foyer parce qu’elle ne peuvent pas les assumer financièrement,

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ceux qui sont venus rejoindre leur famille installée en France mais qui ne sont pas en mesure de les accueillir faute d’espace,

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ceux qui ont grandi chez les compagnons et qui n’en sont jamais parties,

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les plus jeunes qui parlent de leur sort avec dérision et cynisme,

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ces femmes qui ont réussi a régulariser leur situation administrative, qui souhaiteraient s’ouvrir au monde extérieur, mais qui ont peur de  franchir le pas, …

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Et puis il y a Lucie, Responsable adjointe de la communauté d’Etang-sur-Arroux, qui lutte au quotidien pour redonner une dignité à ces laisser pour comptes.

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Et puis il y a Loïc, chargé de la gestion de la communauté de Montceau-les-Mines qui y travaille depuis ses 18 ans. Ici, au cœur d’une usine désaffectée que la communauté a pu acheter et qu’ils sont actuellement en train de restaurer ; les besoins d’accueil – donc d’autofinancements – sont toujours de plus en plus grands.

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