Je voudrais vous dire …

J’ai lancé un appel à contribution sur Facebook, une tribune, pour permettre à chacun de s’exprimer librement, quel que soit le sujet (coup de gueule, déclaration d’amour, partage d’expérience, éclat de rire,…). Chacun écrit son texte (sans censure), une photo de l’auteur est prise chez moi, et je diffuse l’ensemble sur mon blog. Parce que tendre l’oreille pour écouter ce qu’on voudrait nous dire a du sens pour moi, écoutons-nous !

Arnaud, Thomas, Annick… voudraient vous dire !

MAR - SOCIETE - LES ORPHELINS DE JERADA
Annick Raison, 39 ans
22 février 2018

Quelques mots d’amours …

Ce fut d’abord quelques mots sur Internet, puis une rencontre, un coup de foudre, un premier baiser.

C’est à partir de là que tu as changé ma vie.
Malgré ma maladie tu es resté à mes côtés et en 2014 tu m’as demandé en mariage. Mon Amour, voilà plus d’un an que nous sommes mariés.

Nous avons eu des hauts, des bas, surtout des bas. Malgré toutes ces épreuves, notre amour est devenu toujours plus fort. Aujourd’hui sache que malgré nos maladies, je me sens chaque jour plus proche de toi. Je saurais me battre pour nous deux, quand il le faudra.

Tu es mon tout, mon meilleur ami, mon confident, mon bien-aimé, ma force de vivre. Tu m’as redonné goût à la vie. Le seul endroit où je me sens bien, c’est dans tes bras. Certaines personnes sont accros à la cigarette et bien moi, je suis accro de toi . Tu as su me redonner goût à la vie et je ne peux que t’en remercier.

Je voulais que tu saches aussi que ta maladie ne me fait pas peur et que je serais à tes côtés jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Tous ces mots sont posés là, à la vue et aux oreilles de tous, pour te dire tout simplement que je t’aime tel que tu es. Je ne chercherais jamais à te changer car tu es parfait pour moi.

Le destin a choisi d’organiser cette rencontre et je l’en remercie.
Je t’aime amour de ma vie.

 

Arnaud Ginions, 49 ans
03 février 2018

Je voudrais vous dire de belles choses, des choses délicates, des choses profondes, des choses qui parlent de convictions, de politique ou d’émerveillement. Il y a tellement de choses à dire sur la vie. Finalement, j’y renonce, trop vaste, trop difficile à écrire. Je vais vous parler impudiquement de moi, c’est nettement plus infiniment petit, cette chose de passage que je suis, sujet vivant dans un environnement déterminé. Et plus précisément je voudrais vous parler de mes yeux. Passionnant sujet n’est ce pas !

Il y a  quelques mois figurez-vous que ma vue s’est mise à se brouiller, et soudainement j’ai eu besoin de lunettes pour lire. Cet événement est peut-être , à vos yeux, très insignifiant. Eh bien moi  Je me demande si mes yeux ne suivent pas ma vision de l’humanité. Je dois prendre un coup de vieux, c’est sur. Vous me direz l’être humain aussi il commence à se faire vieux. En fait ces yeux brouillés me demandent plus d’intériorité. Je ne sais plus tout lire, je lutte inconsciemment contre les lunettes (vous savez ces actes manqués), alors  je suppute, je fais comme-ci, je m’en arrange ou je contourne. Ainsi va mon monde. Ainsi va le monde ?

Est-ce que je m’embrouille, je me brouille ou dois-je me débrouiller dans cette humanité, dans mon humanité? Je ne comprends pas forcément  où va notre monde. J’ai du mal à percevoir le vivre ensemble que nous voulons construire. Je me sens parfois à côté des choix de société et en même temps j’adore être dedans, vivant, présent ! Je rage parfois contre mes concitoyens et en même temps je les aime intimement. En fait, je pense que nous sommes beaucoup à avoir des difficultés à voir clair…

Je vous rassure, je suis ni sourd ni aveugle, cette baisse de vue ne m’empêche pas de me nourrir des phrases des autres parfois comme un cri. Celles qui m’ont imprégné, celles que je découvre et découvrirais encore (en gros caractère de préférence!). De Brel à Saint Ex, en passant par Baudelaire et Sartre. De ma famille à celle de mes enfants en passant par toutes les personnes nombreuses et diverses que je rencontre professionnellement. Il y a même des phrases sans mot qui me traversent et me foudroient. La dernière phrase que j’ai rencontrée est celle de Kenneth Rexroth, poète libertaire américain que je ne connaissais pas : « Contre la destruction du monde une seule défense : l’acte créateur ».

Depuis que je lis trouble, je me pose donc cette question que je vous partage : doit-on chercher à guérir de son humanité ?  Je ne parle pas de fatalisme mais d’arrangement et d’engagement. Oui doit-on individuellement guérir tous les maux de notre monde ? Pour dire plus clairement, dois-je sans cesse me mettre dans la peau (toute relative) du sauveur de mon monde.  J’ai l’air malin avec mes yeux inéluctablement brouillés, j’en fais un beau de super héros à lunettes ! L’homme est ainsi fait qu’il a de pire et de meilleur en lui. Non pas une séparation mais un mélange. Tout peut être pire, tout peut être beau, finalement le mal et le bien existe-t-il vraiment ? Cela ne dépend-il pas de nos actes, de nos fausses illusions, de nos points de vue et de nos relectures. « Tout homme est tout l’homme » comme disait Sartre. J’en fais partie ni plus ni moins.

Avec mes yeux, je m’arrange, parfois même ça m’arrange. Il me faut relire plusieurs fois, ouvrant grands les pupilles pour arriver à déchiffrer. Prendre mon temps. Ah le temps…

Alors je me dis que peut-être nous devrions plutôt prendre soin de notre humanité, ne pas vouloir guérir à tout prix, cela me semble aujourd’hui présomptueux. Au nom de quoi dois-je guérir l’autre qui ne demande rien ? Plutôt prendre soin de notre humanité pour en jouir pleinement. Prendre soin des uns et des autres, prendre soin de soi et  profiter de nos capacités à aimer, s’émerveiller, construire, créer, bref être vivant ensemble. Nous n’avons pas qu’une vie mais toutes les vies que nous voulons !

Tout ceci pour vous dire impudiquement que dans quelques mois je vais fêter mes 50 ans, avec des yeux brouillés et avec joie! Merci à l’humanité! Merci de me permettre d’être présent même si parfois ça peut faire mal! Tant de choses sont à faire… même en moi.

L1190720
Thomas Simonin, 24 ans
25 janvier 2018

Qu’est-ce que j’ai envie de dire au monde ? Qu’est-ce que j’ai envie de dire à quelqu’un ? Peut-être un sentiment positif, ou un message inspiré sur un sujet qui me tient à coeur. Il y en a beaucoup à aborder aujourd’hui : l’injustice, le harcèlement, l’hypocrisie, l’abus de pouvoir, l’idiocratie plus grande de jour en jour et qui pollue le paysage mondial. La liste n’est pas exhaustive. Qu’est-ce que le monde après tout ? Tout de suite, je l’imagine sous la forme d’un homme riche et puissant, mais dégoûtant et déprimant. Il est humain car c’est le voile qu’il porte, mais il est particulièrement petit et vain quand on le regarde bien. Rien ? C’est déjà beaucoup trop pour lui, mais pas pour moi.

On vit dans une société où un homme qui représente un pays entier est capable de décrire ses semblables avec le terme « Ceux qui ne sont rien ». On vit aussi dans un monde où, lorsque des femmes exposent leurs bourreaux, les gens préfèrent débattre bêtement sur la notion de consentement. Pendant ce temps, 99% des coupables peuvent continuer leurs méfaits sans avoir le sentiment d’être en danger. On traite des immigrés comme une actualité dans les médias plutôt que comme de véritables êtres-humains. Il y a tellement de choses sur lesquelles se lamenter ou perdre espoir en l’humain.

Une fois qu’on est capable de voir le monde avec un regard sensible, il n’y a pas de retour en arrière possible. Soit on craque et s’enferme dans quelque chose de sombre. Soit on se tourne vers des alternatives pour être rassuré et réalisé qu’il y a beaucoup de gens qui ont du bon à offrir, et qu’ils ne vont certainement pas se laisser faire par la négativité ambiante.

Être sensible dans cet environnement, c’est être accusé de souffrir de dépression ou d’un autre trouble mental… On t’accuse de ressentir, mais ne pas réfléchir. Pourquoi mon avis sur le monde changerait quoi que ce soit ? Je suis jeune, j’ai 24 ans. Il y aura toujours une personne plus âgée pour détruire mes idées avec un discours moralisateur.

Il y a deux ans, je suis arrivé à Paris pour suivre des études en cinéma. L’adaptation a été très difficile. Juste voir la pauvreté dans les rues, ou le métro, me suffisait pour détruire mon moral. Mes écrits sont toujours marqués par quelque chose de sombre. Ca ne signifie pas que je suis quelqu’un qui l’est, juste que j’aime raconté des histoires où l’espoir l’emporte sur les ténèbres. Parfois, il faut savoir regarder l’horreur pour trouver une lumière. Pourtant, j’ai passé un long moment à être accusé d’être dépressif, « fucked up », et bien d’autres termes, juste car ce que je raconte déboussolait certaines personnes. Et à force d’entendre toutes ces choses péjoratives, j’ai commencé à croire que c’était vrai.

Une fois, je me souviens avoir craqué face à une membre de l’administration. Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle m’a enfermé dans une pièce et m’a fait un monologue d’une heure pour me dire : « Tu es triste ? Tu n’as qu’à l’écrire dans un journal intime mais ça n’a pas sa place dans une école ». Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que les mots peuvent être une source de libération comme ils peuvent devenir un venin difficile à soigner. Ce discours, je l’ai connu des milliers de fois. Peut-être que ça semble normal pour certains, mais c’est juste un manque d’humanité à mes yeux. Quelqu’un qui pense ne pas être assez bien pour avoir un entourage finira toujours seul car la croyance qu’il vit n’est pas en harmonie avec ses véritables rêves. J’ai compris ça lorsque j’ai réalisé que les histoires que les autres inventaient sur moi n’étaient pas vraies. Pourtant, je l’ai cru et j’ai vécu de ça beaucoup trop longtemps.

Le meilleur moyen de se sortir de tout ça, c’est de voir de quelle manière nos croyances nous empêchent de vivre et s’en constituer de nouvelles, en adéquation avec qui l’on veut être. Peut-être que mon discours jusqu’à présent est triste, et ce serait vrai. Mais je peux prendre la décision de ne pas me laisser aller par la négativité des autres, de la société, et comprendre que je suis le maître de mon propre monde, que je peux manifester toutes les formes de bonheur que je souhaite si je décide de vivre par cette croyance. Cette réalité s’applique, selon moi, pour tout le monde.

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2 Comments

  1. Thomas je ne trouve pas que tu es comme les gens te décrivent. J’ai eu la chance de tourner dans un de tes courts métrages, faire un reportage, ce fut de merveilleux moments pour moi. J’aime beaucoup ta gentillesse et ta douceur dans ta façon de parler.

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  2. Vous êtes très solide. Et quelle belle sensibilité aussi. Moi je suis vieille et je trouve que les jeunes ont tellement à nous transmettre pourvu qu’on les écoute. Vous êtes merveilleux et lumineux, ne laissez personne vous éteindre.

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