Ce jour-là, paupières closes, j’écoutais la mer

-Histoire librement inspirée par la photo de Faustine BACHELET-

–  Par la fenêtre de ma chambre, chez maman, le 5 avril 2002 –

Ce jour-là, ma mère m’a dit : « sans courage on n’est rien. Il faut parfois arrêter de vouloir essuyer les blessures du monde, pour commencer à vivre sa propre vie. »
Pour toute réaction, je suis montée dans ma chambre.

Cils immobiles aux battements de nos cœurs.

Regarder par la fenêtre de sa chambre pour y voir la mer. 
S’assoir là et l’écouter.
Rentrer chez soi !
Rentrer chez soi au moins une fois.
Tout est tellement plus calme en dedans.

Ce jour-là, c’était jour de fête foraine. Par la fenêtre, il n’y avait pas la mer.

Un grand manège avec des balançoires.
Se souvenir des balançoires ! Se souvenir des balançoires ! Se souvenir des balançoires ! …
Entre ciel et terre, toujours au centre.
Paupières closes, écouter nos cœurs.
Bien chercher dans la garde-robe de nos souvenirs.
S’assoir là et écouter la mer.
L’écouter avancer pieds nus jusqu’à nous.
Ecouter son va et vient.
Se souvenir de la balançoire entre ciel et mer.
Les balançoires sont les derniers lieux de liberté.

Elles nous placent au centre, dans le va et vient de toutes les vies, entre ciel et terre, entre ciel et mer.

Nous sommes de vieux enfants toujours punis.

Secrètement, chacun devrait défaire les nœuds de la morale apprise, pour enfin prendre conscience que nous avons perdu plus de jours et de nuits, qu’on ne nous en a donné.

Ne pas se fier aux seules choses apprises.

Les choses apprises nous enracinent, tête baissée sur nos chaussettes qu’il nous faut toujours remonter.

Réapprendre à s’en balancer pour ne plus avoir peur de nos jours, de nos nuits.

Ce jour-là, par la fenêtre de mes songes, je savais que je pourrais retrouver la mer.

Ciel mobile aux battements de mon cœur, j’allais et je venais,  je me balançais dans l’obscurité de mes jours, entre ciel et terre.

Ce jour-là, paupières closes, j’écoutais mon cœur.

Je me laissais bercer par le souvenir des pas nus de ma mère, dans la pièce d’à côté.
Entre ciel et mer, elle venait, elle s’éloignait, elle venait, elle s’éloignait, … dans la lumière étoilée de toutes mes nuits.

Camille, 45 ans, trapéziste


La véritable histoire de cette photo :

« En 2014, nous sommes partis en vacances à New York et mon compagnon voulait voir Coney Island, l’immense parc d’attractions en bord de mer. Lorsque nous y sommes arrivés, il y avait un brouillard intense. Toutes les attractions étaient plongées dans cette obscure clarté. Une sensation étrange flottait dans l’air, on aurait dit que nous étions les seuls vivants entourés de zombies. Cette photo d’un manège à l’arrêt m’a fait penser à une image de film d’horreur. Et les jambes pendantes des badauds attendant leur tour de manège ne fait que renforcer cette impression! »  Faustine Bachelet

4 Comments

  1. Quel beau texte et j’adore la réflexion de la maman aussi , « parfois arrêter de vouloir essuyer les blessures du monde, pour commencer à vivre sa propre vie. » C’est tellement ça.
    Je voulais aussi voir Coney Island aussi lorsque j’étais à New-York, il me semblait qu’on trouverait là bas un peu de beauté…
    Merci pour ce si beau texte. J’ai du retard de lecture mais je les garde bien rangés pour les lire plus tard plutôt qu’à la hâte.

    Aimé par 1 personne

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